Extraits

— Mon pote, t’es foutrement bien sapé.

— Merci.

— C’est pas trop cher, là-dedans ?

— Non.

— Et qu’est-ce t’as acheté ?

— Ben le jean que je porte, là.

— J’adore ton blouson.

Alan en arrangea le col en laine noire.

— Ça, je l’ai pas acheté. Tu me croiras jamais, mais je l’ai tiré à une saleté de bobo, une fois que j’étais au parc.

Le garçon en écarquilla des yeux vitreux. Son comparse s’éveilla. Alan sourit et s’agenouilla avec eux. Les deux mendiants lui firent de la place, dans des mouvements pleins de hâte, et pleins de respect. Il alluma une cigarette, en prenant tout son temps, pour les tenir en haleine. Il inspira une première bouffée.

— Je bronzais un peu. Je prenais le soleil sur le gazon, quoi. Alors, y’a ce mec qui se ramène et qui s’installe juste à côté de moi. Il avait tout l’attirail : une couverture pour pas se salir, un bouquin et une bière. Il s’allonge, et il lit. Moi, je le regardais, parce que comme toi, j’avais pensé qu’il avait un super blouson. Je me suis tout de suite dit qu’il m’irait, son blouson. Vous voyez, le gars était à peu près de ma taille, et maigre.

— T’es mince, corrigea le garçon aux oreilles décollées.

Alan le dévisagea une seconde. Il accentua son sourire.

— Il lit, le mec. Ça tapait, il avait chaud, il enlève le blouson et s’en sert comme d’un oreiller. Moi, je te jure, je lâche pas le blouson du regard. Il m’avait même pas remarqué. Pour lui j’existais pas. Et puis, une belette l’appelle. Une connasse, genre ! Une grosse, avec une robe longue, et des nibards tellement énormes qu’ils lui pendaient déjà jusque là. Alors qu’elle avait vingt ans, cette conne.

Les deux garçons ricanèrent.

— Super pressé, il court pour lui taper la bise. Tous les deux, ils se trouvaient à dix mètres de moi. Dix mètres. C’est pas beaucoup. Je les regarde, je regarde le blouson. Le putain de blouson, vintage, sûrement acheté dans une friperie, le truc que tu paies la raie du cul, le truc introuvable, le truc qui irait trop bien avec mon style à moi. Pas avec son style à lui. Le mec et la nana se racontent leurs vies. La nana elle le mate, elle devait mouiller de la moule à fond. Lui il mate ses gros nibards. Moi, je me suis rappelé qu’il m’avait même pas vu. Alors je me lève. Je ramasse le blouson. Je continue à marcher. Je m’éloigne. Et ces deux cons ils continuaient à se draguer. Et maintenant je le porte, son putain de cuir.

Son public piqua un interminable fou rire.

— Qu’il aille se faire enculer, quoi ! Quand t’as des trucs, t’y fais attention, tu les surveilles. Genre, la prochaine fois, il fera gaffe.