A l’abordage – MR à Saint-Malo

Les éditions Moisson rouge débarquent dans la cité corsaire pour le festival Etonnants Voyageurs les 25/26/27 mai. Nous serons sur le stand du Motif, en compagnie d’autres éditeurs indépendants franciliens.

 

De loin on dirait des mouches, dans Action Suspens

 

ACTION SUSPENS
Par Claude Le Nocher 

C’est Buenos Aires, dans l’Argentine d’aujourd’hui, qui sert de décor au savoureux polar de Kike Ferrari “De loin on dirait des mouches”, aux Éditions Moisson Rouge.

Le señor Luis Machi a bien raison d’être satisfait de sa réussite sociale. Marié à Mira, une emmerdeuse issue d’une vieille famille riche, il a eu deux enfants, Luciana et Alan. Sa fille est fiancée à un intellectuel, tandis que son fils est homo. FERRARI-2012C’est plutôt du côté professionnel que le señor Machi est fier de sa vie. Homme d’affaires aux diverses activités, il dirige le club L’Empire. Montres Rolex, briquet Dupont, stylo Mont-Blanc, chemises Armani ou Versace, cigares Cohiba ou Montechristo, BMW dernier modèle, le señor Machi ne vit que pour le luxe. Son défunt beau-père a souvent ironisé sur ses goûts de nouveau riche. Le regretté Alejandro Wilkinson, qui fut le mentor du señor Machi, répliquait qu’ils étaient des self made men, pas des nouveaux riches.

Le señor Luis Machi commença en reprenant une simple usine, début des années 1970. En ces temps de contestation, il balaya vite ces communistes qui faisaient du tapage. Il était bon d’avoir de solides relations politiques parmi les vainqueurs. Il développa aussi la Théorie de la Faveur, consistant à faire pression sur les gens, après leur avoir accordé de menus avantages. L’excitation du pouvoir entraîne toujours plus de puissance, le señor Machi l’a compris tôt. Qu’il s’agisse de boxe, de foot, ou d’établissements de loisirs, il faut imposer sa loi. Quitte à utiliser des hommes de mains, tel Pereyra (qu’il surnomme Cloaque). Son chef de la sécurité est un tueur rustre, mais efficace et même habile dans bien des cas. Moins il y a d’adversaires commerciaux, plus on profite du pouvoir.

Le luxe, ce sont aussi les femmes. Les prostituées de Mariela, dont certaines ont manigancé bassement pour devenir la maîtresse en titre du señor Machi. Qui, lui, ne considère toute fille que pour ses capacités sexuelles. Et puis, il y a la drogue. Indispensable, lorsqu’on mène une vie aussi effrénée que celle-là. Rails de coke et pilules soutiennent sa forme… Voilà que, rentrant vers son quartier sécurisé du Barrio, le señor Machi est victime d’une crevaison. Et il ne tarde pas à découvrir un cadavre inconnu au visage fracassé dans le coffre de sa BMW. Puis qu’il se perd dans les quartiers pauvres de Buenos Aires. Avant de s’apercevoir que le cadavre est attaché par des menottes lui appartenant. Ce qui complique la solution pour se débarrasser du corps. Quant à savoir qui a placé là le cadavre, et pourquoi, le señor Machi risque de virer paranoïaque à chercher le coupable…

Les éditions Moisson Rouge nous ont dégoté ici un roman latino-américain qui ne manque pas de saveur épicée. Par son fil conducteur, sur le classique thème “un cadavre encombrant et me voilà dans le pétrin”, cette intrigue se classe en effet parmi les romans noirs. Le problème du señor Machi n’est pas insurmontable, mais lui demande beaucoup d’efforts inhabituels.

Le plus intéressant, à travers les portraits du héros et de ses proches, c’est l’image que l’auteur donne de la société argentine. Les inégalités ne se sont guère résorbées depuis la fin de la dictature, et les combines ne profitent qu’aux plus forts. Sujet universel, que Kike Ferrari décrit avec toute l’ironie que méritent ces situations. Combats de boxe truqués, pression mortelle pour racheter un concurrent, nouveaux riches étalant leur fric, star éphémère devenue maquerelle, corruption policière, quartiers déshérités face aux parcs résidentiels protégés, et bien d’autres aspects de l’Argentine actuelle.

Si elle est grinçante, on ne sent pas une caricature exagérée de ces milieux, toute l’histoire restant crédible. Ces supposés maîtres du pays sont, plus simplement, risibles. Un roman satirique réjouissant.

Vladimir Kozlov chez mediapart

 

Vladimir Kozlov

Extrait de l’article de Dominique Conil sur Mediapart

« Lieu : la mère patrie »

Autre source de textes, l’Est où crises et lignes de fractures ne manquent pas non plus. C’est ainsi, par son traducteur, que Vladimir Kozlov, natif de Biélorussie en 1972, aujourd’hui journaliste à Moscou a fait son entrée chez Moisson rouge. Aboutissement logique, il n’y a pas de Continental Op chez lui, mais bel et bien, dans Retour à la case départ, des intrigues à double fond pour la prise de pouvoir sur une ville. Affairistes et politiques s’affrontent, nouent des alliances. Entre les deux, Alexei Soukharev, punk et barman de son état, a quitté la mère patrie depuis quelques années. Petit revendeur-trafiquant-racketteur dans les années 1990, au moment où les uns survivent, les autres construisent des fortunes, il a fui à Prague – douceur européenne, un peu d’ennui peut-être – lorsque les morts se sont multipliées autour de lui. Il revient en calme poutinien. Il n’a plus qu’un mois à vivre. Les affairistes d’autrefois qui, pour entériner militairement un “changement de propriétaire” soudain, prenaient d’assaut une entreprise étaient des types simples… Et Alexei le punk revendiqué, qui se croit désabusé, fait alors figure d’idéaliste.

Ville déglinguée ici, refaite à neuf là, krouvtchevkas en perdition, portes matelassées de skaï usé, amis disparus, une fille que l’on aura même pas le temps d’aimer, et ces touches particulières, sensibles, entre deux phrases sèches, des feuillages frémissant que souvent on contemple derrière une vitre. Gérard Guégan compare Kozlov à Babel ou Pilniak, c’est dire. On peut penser aussi à Limonov première manière. Rugueux, bousculant l’inertie d’une ville de Russie centrale (ou d’Ukraine, en ce qui concerne Limonov).

« Vladimir Kozlov, c’est un vrai punk », résume Hector Paoli. Punk surdoué en tout cas. Kozlov a expédié une vidéo. Stupéfaction. Lui qui ne parlait pas un mot de français s’exprime avec aisance six mois plus tard… Maintenant, il en est à lire les bouquins que son éditeur lui poste régulièrement.

Retour de Quais du Polar

 

Noir, c’est noir

EXTRAIT de l’article d’Alain Léauthier dans Marianne.

Pour la 8e edition de Quais du polar à Lyon, les grands écrivains ancrés dans la crise et la realite sociale la plus dure étaient nombreux a avoir repondu à l’appel. Un vrai succès.

Ne lui parlez pas de Jonathan Franzen, « cet ecrivain médiocre que tout le monde admire béatement. Franchement, les tour­ments d’un ingénieur à la retraite dans l’Ohio [le personnage d'Alfred dans les Corrections, de Fran­zen] ! Qu’est ce qu’on en a a battre ! Les romanciers américains s’intéressent trop à la classe moyenne et presque jamais aux pauvres et aux laisses-pour-compte du système « . Dans une coursive dominant ce qui fut la corbeille de l’ex-palais de la Bourse de Lyon, voila comment Larry Fondation, auteur du formi­dable Sur les nerfs (Fayard noir) jus­tifie sa réputation d’auteur abrasif parmi les 40 autres « polardeux , ou apparentés, invités à la 8e édition de Quai du polar.

Le deuil du monde d’avant

Littérature de  « genre », ânonnent encore certains critiques. Quoi de commun pourtant entre un Maxim Chattam, le pisse-copie en chef du thriller hexagonal, et un Rachid San­taki, descendu a Lyon dans le van où il entrepose les affiches destinées a la promo de son deuxième roman. Des chiffres et des litres (Moisson rouge) ? Le garçon les colle lui-même dans son territoire » de la Seine-Saint-Denis où,y a un an, il placardait déjà celles du précédent, Les anges s’habillent en caillera, écoulé a plus de 6 000 exemplaires. « Le 93 a son premier roman noir, proclamait-il alors, à grands coups de tags léchés. Le département en question demeure la toile de fond de son nouvel opus, comme port d’attache et unique source d’inspiration de l’auteur. Guetteurs, rabatteurs et patrons dealers y tiennent cette fois les pre­miers rôles d’une fiction livrée brut de décoffrage, tant l’auteur entend tester en accord avec le milieu qu’il décrit. « Des éditeurs souhaitant travailler avec moi m’ont conseille utiliser un français plus soutenu et de sublimer mes histoires de drogue et de violence. Ca n’a aucun sens ! » Médiateurs dans les « quartiers », ceux du 93 pour l’un, South Central à Los Angeles pour le second, Rachid San­taki et Larry Fondation ont en partage la culture urbaine, des narrations hachées et morcelées voulant traduire le temps déstructuré des marginaux, des freaks suicidaires et des caïds criminels dont ils sont les passeurs en littérature. [...]

Par Alain LEAUTHIER

Marianne édition du 7/13 avril 2012

Le clip officiel du roman Des chiffres et des litres

 

La vidéo Des chiffres et des litres, inspirée du roman de Rachid Santaki, à été tournée par le réalisateur Pierre Lacan sur un morceau de Mac Tyer.